mardi 30 octobre 2007

Hommage à Habib Ould Mahfoudh

Le 31 octobre 2001, tu nous quittais …

Comment ne pas penser à toi en ce jour, un mercredi aussi, de la première manifestation de l’opposition de l’ère de la démocratie « guidée » dans laquelle on nous a fait entrer comme une offrande de nos « gardiens », tuteurs autoproclamés.

La dernière fois qu’on s’est quitté, c’était le 30 octobre 2001, tu étais sur ton lit d’hôpital, nous avons parlé un peu, tu étais extenué, somnolent sous l’effet des médicaments mais tu pouvais toujours esquissé un sourire à tous tes visiteurs…

C’est ce sourire que je garde toujours en mémoire.

En cet automne parisien, où les cloches de Notre-Dame, à quelques mètres, pénètrent dans les chambres, même des soins intensifs, couvrant ta faible voix, on t’entendait, on n’entendait que toi…

« Je dirai quelques mots sur toi, comme écrivait Saint Exupéry parlant de son camarade Guillaumet, mais je ne te gênerai point en insistant avec lourdeur sur ton courage ou sur ta valeur professionnelle. C’est autre chose que je voudrais décrire… »

La démocratie en marche. Eh oui, la démocratie !

Tu fus avec un groupe d’amis des précurseurs de la libre expression en quittant vos emplois ingrats de professeurs d’enseignement secondaire dans un pays livrés aux prédateurs. Le créneau était libre, voire désert, car il n’y avait pas de journalistes ou si peu, souvent dans le giron du pouvoir en place quel qu’il soit.

Ce fût Mauritanie Nouvelles, El Bayane puis Le Calame… Une vraie épopée avec la fameuse rubrique hebdomadaire Mauritanides. Pour l’enfant du Nord qui a grandi dans l’Iguidi, ce berceau de la parole non dite, c’était là une autre forme d’expression. La vraie Mauritanie défilait enfin pour le lecteur amusé mais aux traits graves car la vérité, qui s’étalait, était amère. La dictature et la libre expression surveillée formaient un couple impossible. Quand c’étaient des plaies ouvertes qui se découvraient, c’étaient des saignées thérapeutiques pour certains…

Je reviens à l’hôpital en parlant de toi, je ne sais pourquoi…

Ils étaient tous là, tes amis et tous ceux qui te connaissaient. Même tes « victimes » étaient peinées.

Tout le monde t’a fait un dernier coucou devant l’amphithéâtre de l’hôpital, l’Hôtel-Dieu, avant que tu ne retrouves pour toujours ta terre de Mauritanie.

Depuis ton départ, le régime n’a pas changé malgré les formes et quelques soubresauts.

Ce mercredi 31 octobre est un test pour la démocratie dont tu as été un des promoteurs.

Une mobilisation sans précédant est attendue pour faire bouger « les masses inertes », pour que la démocratie soit un fait, une réalité et ne s’arrête pas à des élections biaisées.

La prise de conscience générale précède le changement qui entraîne inéluctablement l’expression libre sans contrainte féodale, tribale ou ethnique du citoyen.

La Mauritanie de demain est toujours possible… Et je revois ton sourire.

Merci Habib !

Yanis

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Une prière et une pensée pour notre frère Habib Ould Mahfoud

Cher Habib, tu m’excuseras de ne pas faire tes éloges, car les qualificatifs me manquent.

Néanmoins, je salue en toi un précurseur, un anticonformiste, un emmerdeur du verbe et surtout un indomptable.

Je te citerai donc à travers cette anecdote : Habib de retour d’un séjour au Sénégal était émerveillé par l’attitude des femmes sénégalaises vis-à-vis de leur époux. Une expression l’avait fasciné, lui le maitre du mot : « elles les appellent NIDIAYE ».

Alors que chez nous, nous les appelons « PATRONNE » (y compris moi).

J’y vois un hommage posthume de Mahfoud à la patronne « Khattou » dit le FOU.

Maatala


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Une prière et une pensée pour notre frère Habib Ould Mahfoud


une plume exceptionnelle et un journaliste avant-gardiste, la presse écrite mauritanienne lui doit beaucoup.


sa place reste toujours à remplir, nous attendons le prochain Habib, la mauritanie a grandement besoin d'un personnage de cette envergure.


une petite anecdote habib disait toujours en réplique à la célèbre formule de notre presse officielle "al qiada ennayira" (les directives éclairées) que si elles sont éclairées c'est probablement un éclairage à 12 volts!!


LM.