lundi 30 juillet 2007

En attendant la pluie, on peut parler de vacances…

Et si on parlait de vacances, en cet été, en faisant un petit break sur la politique ? Pas évident, me diriez vous.

Déjà les vacances doivent sembler logiquement superflues pour nous, mauritaniens, qui avons un pays si riche, en ressources, mais si pauvre en … réalité. Un travail herculéen nous attendait et nous attend toujours. Mais il y a bien des traditions qui refroidissent toute ardeur, de la cérémonie quotidienne répétée des trois verres de thé au cérémonial, en position allongée de préférence, du lave-mains mobile (el maghsel). On ne peut que reconnaître le fait accompli, la réalité brute : même en dehors des vacances, le travail n’a jamais, en fait, commencé…

Il y a une quinzaine d’années, on voyait souvent débarquer dans le royaume frère du Maroc, des dizaines de familles en été (avant c’était aux Canaris qu’on les voyait et plus tard ce fût plus à Paris), composées presque exclusivement de la mère, d’un adolescent ou deux et d’une marmaille d’enfants. Etudiants toujours fauchés après le 10 du mois (une règle à laquelle on s’habitue rapidement), nous nous posions parfois des questions. Pourquoi des vacances si toute l’année n’a été que vacances? Des questions bêtes de ce genre… Mais bon, vite, nous courions les voir, les accompagner, les guider et si elles avaient de grandes filles, c’était le service continu et bye-bye les questions existentielles qui pourraient attendre l’été prochain…

A Nouakchott et dans nos villes, les vacances, on les passait souvent dans son fief natal : son village, sa campagne. Mais de plus en plus, on ne fait que quelques jours, voire une ou deux semaines au plus, ce qui est dommage. Tout le monde au bout de quelques jours veut retourner à son confort urbain, à ses outils de la modernité dont on ne peut plus s’en passer : la télé, le béton « protecteur », l’eau courante, l’électricité etc. Pourtant beaucoup de nos parents et surtout nos grands parents n’ont jamais connus tout ça et n’ont pas vécu malheureux…

A ce propos, je me rappelle une petite anecdote qui donne une idée du conflit, assez tôt, de générations.

Au début des années 70, le Lycée National (le seul lycée de Nouakchott pendant longtemps) était souvent le théâtre de grèves menées par les Kaddihines.

Il n’y avait pas une semaine que des élèves n’étaient sous les verrous pour distribution de tracts ou graffitis.

Une fois ce fut le cas la première fois d’un élève de milieu très modeste comme d’ailleurs presque tous les élèves, sa famille habitait une tente (khaima) dans les environs de Nouakchott.

Après quelques jours à Beyla la prison, notre brave ami a été expulsé du lycée et donc de l’internat et s’est retrouvé avec tout le monde sous la seule tente familiale…

Son père en bon père de famille qui a vécu Imane Echedda, entre autres, ces années 40 de famine dont Gabriel Feral nous a donné dans « Le tambour des sables » des images émouvantes, eut cette réplique, qui faisait la risée dans le milieu de la contestation en ce temps là où l’idéalisme était roi et les privilèges, bourgeois et impérialistes: « Tu fais la grève alors que tu es logé dans une semaa (à l’étage), tu manges des macaronis et tu es blanchi ! »

Les choses avaient bien changé vite et les générations ne parlaient plus le même langage…

Pour ceux qui aiment la campagne (el badiya), il y a de petites choses simples et magiques : la tente dressée sur une dune de sable « blanc » avec une fine végétation clairsemée ; l’eau fraîche d’une outre de peau de chèvre (guerba) suspendue entre deux pièces de bois coupées d’un acacias plus bas, dans la petite vallée (el guewd) ; le clair de lune (el gamra) ; le calme sans entendre un bruit sauf parfois un bêlement ou un blatèrement venu du troupeau qui se repose au loin, à vue d’œil…

Je préfère largement de telles vacances à des séjours dans des palaces ou sur des paquebots avec tous les apparats et les paillettes.

Sur ce, je vous dis bonnes vacances à tous sauf à nos responsables et dirigeants politiques qui ne doivent pas prendre de jours de farniente cet été car ils ont du pain sur la planche et des questions qui ont trop attendues pour attendre encore...

Yan