vendredi 8 juin 2007

Petit Mauritanien

Je ne sais si, dans vingt ans, tu liras cette lettre mais je ne souhaite qu’une chose : que tu la lises dans une Mauritanie prospère et fière de son passé et sûre de son avenir.

Petit Mauritanien,

Aujourd’hui , tu as quatre ans je te regarde gambader sur tes frèles jambes et je m’interroge.

Je m’interroge sur ce que te laisseront les générations d’aujourd’hui et sur le poids que déjà te font supporter celles d’hier.

Que vont-t-elles te laisser en héritage ?

De quelque côté que je me retourne je ne vois que la désolation d’un sous-développement orchestré.

Tes airs de jeux sont des dépotoirs à ciel ouvert .Une capitale en ruine noyée dans les immondices où les routes sont des nids de mort où rugissent des tacots branlants à tombeau ouvert. Des nids de desespoirs producteurs de l’handicap et pourvoyeurs des gémissiments des accidentés qui peuplent les lits à descente de nos hôpitaux insalubres.

Ton univers d’écolier est une aire de non-savoir . Une école où l’instituteur, prophète de jadis, est dévenu dans une société sans repères, l’icône de l’ignorance et le pôle de l’irrespect. Vivant en dessous du seuil de subsistance et s’accrochant à qui mieux mieux aux haillons d’une société qui a rangé le savoir aux rayon de l’inutile. Qu’aurais-tu appris, mon enfant, dans ce miasme éducationnel sinon à prendre les chemins de la déliquance ?

Qu’auras-tu reçu en héritage de tes pères ?

Ils ont pillé le pays et ses ressources. Ils ont laissé un pays exangue où des miliers de citoyens végétent dans une pauvreté criante dans des bidons-villes aux relents de misère instituée. Des familles entières vivant de vent et d’espoir et que déciment en silence la soif, la faim et la maladie.

Petit Mauritanien,

Je sais que tu ne comprendras pas pourquoi sur une terre d’Islam tant d’hommes et de femmes ont pillé les ressources de la communauté . Comment ils ont appauvri leur pays et hypothéqué ton avenir. Comment ils ont crée la ségrégation entre toi et ton frère au nom de leur désir de pérennité. Te laissant ainsi supporter le schisme social de leur bétise raciale. Tu te demanderas si les préceptes spirituel s et moraux de l’Islam furent l’une des préoccupations de nos gouvrnants et tu n’auras pas tort.

Que vont-t-ils te laisser en héritage ?

Un Etat fragilisé par la culure de l’intérêt personnel , du clanisme et la corruption dans lequel demain tu ne seras peut-être qu’un maillon qui perpétuera la chaine.

Tu ouvriras les yeux sur un pays aux ressources naturelles épuisées où le sable, aux pieds nus, est une braise et le soleil, sans toit, enfer. Car ils auront tout emporté dans leur voracité jusqu’à la dernière sardine des côtes jadis prospères de ton pays.

Depuis des dizaines d’années que les richesses de ton pays sont exploitées, elles n’ont jamais contribué à un développement durable.

Tu ne pourras compter ni sur un tissu industriel d’envergure, ni sur une production nationale compétitive sur les marchés internationaux, ni sur une technologie exportée , ni sur un savoir faire qui aurait fait notre fierté nationale ou internationale. Rien.

On ne t’aura laissé, en pillant tes richesses, que du vent. Un pays comptant parmi les pays les plus pauvres du monde ayant un indice de développement plus bas que le niveau d’une mer qu’ils auront exploitée à outrance et pollué à satiété.

Aujourd’hui je te regarde et le sourire innocent que tu m’adresses fait mal et j’y mesure toute l’ampleur de l’injustice que l’on te fait.

Je ne sais si en lisant dans vingt ans cette lettre, au moment où peut-être je ne serai plus là , tu aurais eu droit, toi et tes enfants , à une école studieuse, à un cadre de vie sain à un travail épanouissant et à une vie heureuse dans un pays développé .

Je ne le sais pas. Mais je le souhaite vivement. Bien qu’au moment où j’écris cette lettre, j’ai un doute profond en celà.

Non pas un doute en ce que notre pays puisse se redresser un jour et t’offrir une vie heureuse à laquelle tu auras généreusement contribué par ton savoir, tes efforts et ton travail, mais un doute quand à l’ampleur du sacrifice qu’il faille consentir par une société minées par les non-valeurs.

Certes nous inaugurons aujourd’hui une ère démocratique mais elle sera ce qu’en feront ses acteurs. Soit le catalyseur d’un changement qui te bénéficiera dans vingt ans, soit le début d’un changement dans la continuité dont tu souffriras encore dans vingt ans et au-delà.

Petit Mauritanien,

L’espoir est permis que demain soit meilleur qu’aujourd’hui ; et toutes les bonnes volontés de ce peuple oeuvrent à cela.

Mais si cela n’était pas le cas, sache au moins dans ta misère future, dont nous sommes responsables, que nous étions dans le passé plus misérables que toi. Et que si nous ne t’avons rien laissé en héritage, c’est que nous étions encore moralement plus méprisables. Un épisode à gommer de l’histoire des peuples.

Récrée-toi une Nation nouvelle. Et ne te retourne pas.

Pr ELY Mustapha