lundi 4 juin 2007

Leader de qui ? Statut de quoi ?

La question principale qui se pose est de savoir pourquoi le statut de l’opposition est un texte qui est né sous la transition ?

Pourquoi les autorités de transition ont elles tenu à ce que l’opposition ait un statut et qu’il y ait un dirigeant de l’opposition officiellement encadré par une loi dans ses faits et gestes ?

Questions dont la réponse ne peut-être trouvée que dans la volonté des autorités de transition de parfaire un système démocratique dans lesquelles elles planifiaient d’en être partie prenante après sa réalisation. Majoritaires ou minoritaires au parlement les autorités de la transition avaient le souci d’assurer un statut à celui qu’ils soutiendront. S’il n’est pas président, il aurait au moins un statut pour influencer le cours des choses. En somme une mise en application anticipée du fameux adage : « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Et la charité est tombée dans l’obole de Daddah.

Le 22 février 2007, le CMJD avait soumis aux partis politiques « pour enrichissement », dit-on, un projet de loi portant statut de l'opposition démocratique en Mauritanie. Le 23 Mars 2007 le conseil du CMJD a adopté le projet par ordonnance. Il laissa au président à venir un engagement envers l’opposition qu’il n’a pas pas prit. Et pourtant il l’a entériné. En effet, deux mois après les élections présidentielles, Ahmed ould Daddah est déclaré « leader de l’opposition ». .. non pas comme l’aurait voulu l’esprit du projet par désignation de l’opposition mais il le fut par le conseil constitutionnel au vu de ses élus au Parlement.

Leader d’une opposition parlementaire ou de l’opposition nationale ?

Cette désignation fait de daddah le leader de l’opposition parlementaire, bien qu’il ne soit pas député lui-même, mais est-il le leader de l’opposition nationale?

En effet, l’opposition nationale, celle qui réunit tous les partis représentés ou non au parlement, est l’opposition réelle. C’est une base plus large et plus effectives qu’un petit nombre de députés au parlement qui d’ailleurs sans coalition avec les autres députés (Hatem, UFD...) ne représentent pas un poids au sein de l’organe législatif. Il aurait donc fallut que le leader de l’oppsotion soit choisi par les partis politiques en activité eux-mêmes représentés ou non représentés au parlement. Car il sera alors leader d’une opposition nationale et non d’un groupe parlementaire.

Quant à l’argument du pourcentage obtenu par Daddah aux élections présidentielles, il l’a obtenu au sein d’une coalition qui l’a soutenu , il est le résultat d’une opposition solidaire et non d’un parti unique en opposition.

Un leader par roulement ou un leader figé ?

La notion de « leader » de l’opposition n’a de réalité que lorsqu’il y a dans le jeu politique un bipartisme de fait ou un parti majoritaire qui gagne les élections et un parti minoritaire qui s’érige en opposition (exemple en Grande Bretagne, aux Usa etc.) dans notre pays il ya plusieurs partis d’opposition. La notion de « leader » ne peut naître que du consensus de ces partis à désigner leur leader et il serait préférable que cette fonction soit occupée par roulement pour donner à chaque parti la possibilité de participer à l’exercice des fonctions dévolues par l’ordonnance sur l’opposition.

Ce n’est que juste car, face au pouvoir en place et à ses décisions (économiques , sociales etc) , chaque parti par sa vision idéologique , son approche pragmatique et ses solutions déclarées pourra participer plus efficacement à améliorer la décision officielle. C’est dans cette diversité que s’éxrcera le pluralisme politique nécessaire à une démocratie basée sur la concertation jusque avec l’opposition mais pas sur une opposition à leader unique.

Opposition statutaire , opposition partenaire ?

Le statut de l’opposition est-il un cadeau empoisonné ?

Les craintes que suscite le statut de l’opposition sont, bien entendu, la course vers la fonction de « leader » et les avantages que la loi lui confère. Surtout dans une vraie opposition démunie ne vivant que sur les cotisations de ses adhérents , briguer la fonction de « leader » est un gain appréciable pour ses activités et leur financement.

Un grain de la zizanie est ainsi semé, sauf si toute l’opposition nationale (pas forcément parlementaire) puisse librement décider du choix du titulaire de ce poste.

Deux attitudes extrêmes, auxquelles pourrait mener ce statut , peuvent survenir :

  • Ou l’on aura une opposition obnibulée par le leadership et risque de sombrer dans la division et les tiraillements. Et elle sera alors neutralisée dans son action politique par le statut. Ce qui arrangerait bien la majorité au pouvoir qui aura alors le champ libre devant elle.
  • Ou le statut aboutit à désigner un leader de l’opposition qui, par ambition ou par complaisance, neutralisera l’opposition qu’il représente et érigera une « opposition partenaire » de la majorité au pouvoir ce qui menace encore davantage la démocratie. Une opposition a sens unique. Or sans opposition , il n y a pas de démocratie.

Enfin, si la philosophie du statut est d’ancrer la « culture démocratique » et d’éviter la « marginalisation de l’opposition », il risque si on n’y prend garde d’ériger l’opposition en un énième ministère supplémentaire du gouvernement.

Un leader-ministre qui, suivant son statut ministériel et protocolaire, aurait perdu l’esprit, le geste et les mots qui font l’opposition : la dialectique constructive, l’envolée dénonciatrice et le « non » salvateur.

Pr ELY Mustapha