lundi 14 mai 2007

Lettre à Mohamed Khouna Ould Haidalla, ancien président de la République.

Monsieur le Président,

Nous souhaitons, à l’instar de tous nos compatriotes épris de justice et de liberté que l’affaire qui vous préoccupe trouve un juste et rapide dénouement. Comme nous souhaitons que cela se fasse sans préjugés ni partis-pris quelconque assis sur une identité, un patronyme ou tout autre critère qui ferait obstacle à la bonne justice.

Monsieur le président,

Au-delà de cette affaire, le champ des responsabilités est partagé. Si , Sidi Mohamed, votre fils, est poursuivi, ce serait à l’image d’une part de notre jeunesse qui durant ces vingt dernières années a été victime de la démission de l’Etat. Ce dernier supporte une part non négligeable de responsabilité dans cette situation.

Durant ces dernières années notre jeunesse a été livrée à elle-même. Contemplant les temples de la corruption et du népotisme qui prenaient racine jusque dans les rouages de l’Etat.

Horizons fermés, culture bafouée, valeurs sociales au rabais, emploi inexistant, niveau de vie rasant le seuil de subsistance, que restait-il à cette jeunesse que de chercher autrement les moyens de s’affirmer ?

Et les voies pour cela n’étaient ni la science, ni l’éducation, ni la culture absentes mais plutôt celles d’un mimétisme de survie : jouer le jeu d’une société que l’Etat a façonnée à son image. Celle où la jeunesse éprise de vie et d’espoir ne trouvait devant elle qu’un pays, où ignorée, elle développa un instinct de survie.

Une jeunesse sacrifiée à l’autel des intérêts d’un Etat gangrené et soumis au dictats de quelques uns. Et en toute chose ce sont les débuts qui comptent. Ayant ouvert les yeux sur tant d’injustice, de privation et de négligence on ne peut reprocher à une jeunesse mauritanienne d’avoir cherché à survivre quand la Nation entière était démissionnaire.

Monsieur le président

Aujourd’hui, encore notre justice se cherche après tant d’années où la vue d’un magistrat n’engendrait pas le respect, ou celle d’un policier n’inspirait qu’un « tatement » de poche et la prochaine confiscation d’un bien.

Les dérapages, non hélas pas encore cédé le lieu à la rigueur des procédures judiciaires et aux respects des droits du prévenu du fait de la répétition de vieilles habitudes acquises dans la pénombre des commissariats et à l’ombre des prétoires.

En cela encore l’Etat mauritanien a durant ces dernières années laissé libre cours à une justice au service des intérêts de certains. Une justice instrumentalisée qui n’a plus de justice que le nom. Et dont aujourd’hui encore les justiciables pâtissent du fait de ce «naturel qui revient au galop ».

Monsieur le président,

L’affaire qui vous préoccupe, nous préoccupe tous. Il convient cependant que nous la placions, au delà de son caractère individuel, dans le champ d’un problème plus vaste, plus alarmant encore : celui de notre jeunesse à la dérive.

Monsieur le président,

Vous êtes un homme connu pour sa rigueur et sa respectabilité et vous avez eu ce geste digne d’écrire à l’actuel président de la République, Sidi MOhamed Ould Cheikh Abdallahi, pour attirer son attention sur les aspects de cette affaire, mais combien de familles et de pères durant ces dernières années ont pu saisir une quelconque autorité ou une quelconque justice pour leurs enfants qui croupissent encore en prison ?

C’est pourquoi votre lettre, à laquelle nous faisons échos ici, nous semble éminemment importante et nous donne l’occasion d’élever notre voix pour dire haut et fort que l’Etat Mauritanien de ces dernières années est bien responsable de la dérive d’une jeunesse qui, durant des années , s’est trouvée en perdition entre le Charybde de la corruption et le Scylla des stupéfiants. Et qu’entre ces deux bornes destructrices tout un pan du système étatique politico-administratif contribuait à alimenter ces deux monstres suppôts d’un Léviathan qui heureusement s’en est allé.

Et si aujourd’hui, beaucoup d’espoir est fondé dans les pouvoirs publics pour trouver une solution à cela, il n’en demeure pas moins que pour réparer les dérives du passé d’une jeunesse abandonnée, nous pensons qu’il n’est meilleurs remèdes que la prévention (pour le futur) et la clémence (pour le présent).

Pr ELY Mustapha