mercredi 25 avril 2007

Un drame faustien au palais ocre Il faut sauver la République.

Si les longues tractations actuelles signifient quelque chose c’est que le Président est pris en otage. L’avenir de la République est en négociation et Sidi est au milieu de ce marchandage qui ressemble davantage à du « donnant-donnant » qu’à l’avènement d’un pouvoir politique fort et décidé à sortir ce pays des difficultés où il se trouve.

Si tant de tergiversations pour la nomination d’un gouvernement persistent encore quasiment une semaine depuis l’investiture du Président, c’est il faut l’avouer qu’il y a péril en la demeure. Non pas que le pessimiste nous emporte mais que si tant de tractations ont été nécessaires pour constituer un gouvernement cela présage de sa fragilité assise sur une conciliation d’intérêts qui pourrait le faire voler en éclat dès la première difficulté.

Le Président a besoin d’un gouvernement homogène acquis à sa cause et qu’il aura nommé d’autorité dans le cercle de ceux qui partagent ses engagements politiques pas dans celui qui ne partagent avec lui que des promesses pré-électorales.

Sans un gouvernement homogène solidaire et agissant de concert pour réaliser une politique concertée mais rigoureuse dont à besoin le pays en ces moments difficiles, il est fort à craindre que le changement s’inscrive dans la continuité. Une continuité, entrecoupée d’une relative transition, qui ferait retomber le pays dans les travers qui l’ont mis à genou.

Nous avons besoin de Démocratie mais nous n’avons pas besoin d’instabilité démocratique.

Cette instabilité qui fait éclater les gouvernements et les assemblées « à l’italienne ». Où des coalitions, des individus satellites pour un « oui » ou pour un « non » mettent à bas des parlements entiers ; qui font et défont les gouvernements en manque de majorité. Luxe que ne peuvent se payer (et malgré eux) que les pays à économie développée et à tradition administrative bien ancrée assurant une continuité malgré les crises politiques.

En Mauritanie, une telle démocratie à fragmentation est une bombe à retardement politique qui ne permet pas la continuité politico-administrative dont à besoin un pays en développement.

Lorsque les institutions sont paralysées par des tractations politiques infinies ou sporadiques remettant en cause cette continuité ou que les organes vitaux de l’Etat (exécutif et législatif) sont en restructuration permanente (censure du gouvernement, dissolution du parlement…), il n ya point de salut pour le pays.

Il est à souhaiter que les tractations actuelles ne soient pas une primeur de ce que nous aurons à voir dans les mois ou les années à venir avec ce que cela peut avoir comme conséquences sur la continuité des politiques mises en œuvre par les gouvernements successifs. Car la Mauritanie a besoin d’un gouvernement de hauts commis stable qui met en œuvre une stratégie de développement continu et non pas un gouvernement personnifié instable et lié à des engagements préélectoraux dont la stratégie est de persister dans ses acquis d’avant-transition.

Si le Président est pris en otage et à travers lui la République, c’est au-delà du politique, la conscience d’un indépendant qui se bat pour ne pas vendre son âme malgré les engagements qu’il a tenu.

Et il n’est pire pour un homme libre que la mise aux fers de sa conscience. Un drame faustien au palais ocre.

Pr. ELY Mustapha