jeudi 19 avril 2007

Lettre au « frère » d’ELY

Seconde lettre, second mouvement en la mineur. Une lettre à ELY. Une partition écrite pour une symphonie qui se joua en solo. Maestro resté aux portes du théâtre. Scène fermée par des « souffleurs » qui soufflèrent tant que la « lettre à ELY » devint une partition aux soupirs. Et quand le ténor étoilé se fît baryton et que l’on put entendre les hauts-bois, l’artiste proscrit ne l’était plus.

Depuis le temps qu’il écrivait en solo, il avait compris que même les grandes symphonies avaient leur chute.

« Bienvenue à la maison, mon frère », lui dit-il à la sortie des loges. A cet orchestrateur qui avait tout orchestré mais qui ne put savoir que même les notes les plus élevées n’étaient pas toujours aux instruments les mieux accordés.

Une lettre écrite à la lampe-tempête et lue aux luminaires des palais. Une lettre qui à défaut d’être lue à son pied, monta à la tête. Et point n’en redescendit. Ecrite pour le cœur, elle tomba dans la raison… d’Etat. Le cœur du « frère » était en transition.

Transition qui n’écoutait qu’un seul air. Pas une mélodie, pas une harmonie. Un solfège de doléances dans lequel « la lettre à ELY » fut rangée au rayon des litanies. Pourtant elle fut écrite au rythme des quatre vents de l’exil et équilibrée au diapason de l’amitié. Même les grands alizées se souviennent de ce voyageur cherchant sur le méridien espérance son frère et qui n’en revînt pas. Le contrechant des sirènes accompagnait ces coquillages qui, sur chaque plage, il retournait en quête des pas de son frère. Mais les vagues courtisanes successives sur la plage du pouvoir avaient depuis longtemps effacés ses pas.

« Bienvenue à la maison, mon frère ». Presque un alexandrin qui s’échoua au registre des amitiés dans une gamme chromatique où dix-neuf mois durant l’on s’évita le bémol sans échapper à la syncope. Au piano, presto de la première « lettre à Ely »succéda l’agitato de la seconde qui la rangea dans l’hymne aux adieux.

Qu’as-tu enduré capitaine des mers jeté aux récifs de l’indifférence, maestro qui a défaut d’entendre son frère finit par écouter le chant des sirènes. Et qui ne put par fidélité jouer une partition que déjà son frère mettait au requiem.

Diop Moustapha, « frère » d’ELY, tu resteras le sien. Et à la tombée des rideaux tu retrouveras ce soliste qui, de ton amitié, ne sût jouer que ce qui fut à sa portée. Une tragédie lyrique là où tu voulais une pastorale héroïque.

Pr ELY Mustapha