dimanche 15 avril 2007

Silence ! On mendie.

Un bilan mauritanien de lutte contre la pauvreté très positif, jugez-en plutôt :

« L’évaluation de quatre années (2001-2005) de mise en œuvre du CSLP (cadre stratégique de lutte contre la pauvreté mauritanien) a permis de constater que des avancées ont été accomplies en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations et qui permettent de penser que le pays est en bonne voie pour l’atteinte de la plupart des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) . Ainsi, l’incidence de la pauvreté monétaire a diminué, passant de 51% en 2000 à 46,7% en 2004, soit un rythme annuel moyen de diminution (1 point environ) correspondant au double de celui que le pays a connu durant la décennie 1990-2000 (près de 0,5 point). »

Ne souriez pas, la pauvreté a diminué en Mauritanie ! C’est le Fond monétaire International qui le dit. De 1 point !

Les haillons de nos mendiants sont moins perceptibles …sous leurs oripeaux !

Et le lecteur est prié de ne pas sombrer dans le fou rire en lisant dans le texte précédant : « des avancées ont été accomplies en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations et qui permettent de penser que le pays est en bonne voie » !

Comme quoi le Fonds Monétaire gère bien son image lui qui, en 2006, dénonçait tous les chiffres qui lui étaient fournis les années précédentes par les autorités mauritaniennes.

Mais, la pauvreté du passé est toujours celle d’aujourd’hui et il convient de surveiller la seconde tranche quinquennale de ce fameux plan.

En effet, suivant le plan stratégique de lutte contre la pauvreté, une seconde phase a démarré et s’étend de 2006 à 2010 .Elle est accompagnée par un cadre de dépenses à moyen terme qui détermine le coût global du plan d’action (en fonctionnement et en investissement) et identifie les sources de financements pour son exécution. L’Etat mauritanien y contribue pour 92 % du coût global soit 1,167 milliards UM, le reste est financé par le recours à des ressources extérieures.

Cela signifie que l’Etat Mauritanien dépensera en fonds propres pour lutter contre la pauvreté chaque année 233,4 millions d’UM. Et ce jusqu’en 2010 !

Il convient d’espérer qu’à la fin de cette période le constat ne sera pas aussi alarmant que pour la période 2001-2004 où la pauvreté a reculé d’un point !

Performance « formidable » puisque tous les milliards qui ont été investis en 1990-2000 (toute une décennie !) ont permis d’aboutir à une diminution de la pauvreté monétaire de à 0,5 point !

En somme, celui qui quémandait plus quémande moins. Mais quémande toujours.

Un mendiant qui a bénéficié de tant de milliards et qui est resté mendigot. Le ridicule ne tue plus.

En fait les points attendus ont été absorbés par tous ces milliards qui ont été détournés par les fameux commissaires du « Commissariat aux Droits de l’Homme à la Lutte contre la Pauvreté et à l’Insertion » et du « Commissariat à la sécurité alimentaire » en connivence avec leurs satellites concussionnaires au sein de l’Etat.

N’en déplaise au Fond monétaire international avec ses « vraies-fausses » statistiques, que l’Etat mauritanien lui fournit, sans qu’il puisse les vérifier (interdiction de sourire), en Mauritanie avec nos classes de décideurs rompus à l’accaparation du bien public, on ne lutte plus contre la pauvreté. On lutte pour la pauvreté.

Mais dans tout cela qui est le vrai mendiant ? Le miséreux qui tend la main au coin d’une rue ou l’Etat qui tend la main au coin d’une conférence internationale ? Un état de mendicité, une mendicité d’Etat.

Hélas ! Une mendicité qui n’a pas même pas le mérite de supprimer la mendicité.

Pr ELY Mustapha