mercredi 4 avril 2007

D’où viendra le mal ? Suivez mon regard.

L’attention de tous est focalisée sur le prochain gouvernement du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Tout semble dire que l’image du Président sera celle qu’en donnera son gouvernement. Il renverra ses préoccupations, ses engagements et ses ambitions pour le pays.

Dans les pays à traditions démocratique, un gouvernement gouverne. Résultat d’acquis constitutionnel et historique obtenus de haute lutte. Le ministre est à la fois une autorité politique et une autorité administrative. Ce dédoublement fonctionnel fait qu’il met en œuvre la politique définie par le chef de l’Etat et en tant que tel, il est l’unique responsable de son département ; il en édicte les règles de fonctionnement, l’action de ses fonctionnaires, établit leur régime de responsabilité et est garant de leurs actes devant ses pairs et devant le Président de la République.

C’est autant dire qu’un ministre, contrôle de haut en bas tous les échelons de son ministère. Des services centraux aux services extérieurs de son département en passant par tous les organismes mis sous tutelle, il contrôle toute son administration.

L a jeune démocratie mauritanienne n’a pas ces acquis et le passé récent nous montre que les ministres sont contrôlés de « bas en haut » par d’autres structures qui pourtant en dépendent !

En effet, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, le ministre est pris en otage par ceux justement qu’il est sensé régir. Si l’on prend l’exemple du pillage des ressources publiques durant ces dernières années on remarquera que les ministres n’ont servi qu’à « chapeauter » , en en bénéficiant, ceux qui à des « échelons plus bas » détenaient les vrais pouvoirs . Ce sont les personnes nommées au postes-clefs , de l’économie, du commerce, de la finance et de l’industrie . Postes qui ne sont pas ministériels mais qui sont le lieu privilégiés des détournements et de la malversation. Durant le régime précédant on préférait des postes « juteux » à ceux de ministre ou de secrétaire d’Etat. On affectait sciemment des personnes choisies à des postes pour « bénéficier » des projets qui devaient y être lancés.

Le mal venait principalement de ces nominations à la tête des entreprises et des organismes publics ou aux postes sensibles au sein de l’administration économique et financière (le budget, les finances, le commerce et l’industrie). La corruption remontait ainsi de bas en haut et gangrenait tous les rouages de l’Etat.

C’est la raison pour laquelle la nomination des ministres n’est point expressive de la future gestion de l’Etat et qu’il faut grandement prêter attention à ces nominations « en intra » qui ne font pas l’objet de la même publicité et qui souvent sont passés sous silence jusqu’à ce que le scandale éclate. Ces nominations sont davantage plus importantes que celles des membres du gouvernement et ceux qui en bénéficient finissent par dicter par le poids financier et la corruption dans laquelle ils les entrainent, leurs lois aux ministres.

Et c’est la raison pour laquelle le postulat selon lequel « le gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi donnera une image de sa future gestion de l’Etat » est critiquable.

En effet, la composition d’un gouvernement si elle peut donner un cliché de ses tendances elle ne présage nullement de la nature de la gestion de l’Etat ni de celle des dossiers de l’heure. Car ceux qui ont gangréné l’Etat sont toujours là. Il se pourrait qu’ils ne soient pas dans le gouvernement ce qui donnerait publiquement une bonne image de celui-ci , mais qu’est-ce qui garantit qu’ils n’investiront pas les vrais postes-clefs de l’Etat. C’est discret, c’est discrétionnaire et c’est juteux. Et le ver, ironie de l’histoire, pourrait retrouver « son » fruit.

A trop regarder au sommet on oublie l’essentiel. L’enjeu n’est pas à ce niveau mais plus bas. Suivez mon regard.

Pr. ELY Mustapha