samedi 17 mars 2007

Pourquoi il faut voter CFCD

Le 3 août 2005, la chute d’Ould Taya n’a pas été que celle d’une dictature sanguinaire de prédateurs avides, de larbins, de pilleurs en tous genres. C’était, le premier tour de la présidentielle l’a montré, une occasion historique donnée aux citoyens mauritaniens, en particulier l’élite – ou ceux qui s’en réclament et auxquels nous ferons ici la concession de leur accorder ce privilège comme une hypothèse d’école – de prendre en main leur avenir et de prendre ce tournant avec dignité et responsabilité. Force est de constater que la course au pouvoir, ou au simple portefeuille pour la majorité d’entre elle, nous a révélé une classe politique pitoyable, peu courageuse et avec une vision très étriquée de ce que pouvait être l’avenir.

Il suffit aujourd’hui de l’imaginer ayant adopté une plateforme de gouvernement basée sur ses revendications passées et rassemblée autour d’un homme non pas providentiel mais leader d’opinion investi de la mission d’assurer sa cohésion pendant cinq ans le temps de mettre le pays sur les bons rails pour mesurer l’ampleur du désastre.

Au contraire qu’avons-nous eu ? Des femmes et hommes bercés de l’illusion d’un pouvoir qui leur serait offert par des soldats du système ayant éjecté leur chef pour sauver leur peau et qui probablement à ce moment étaient prêts à tout pourvu que leur acte héroïque soit désormais l’unique prisme au travers duquel ils seraient jugés. A quelques exceptions près, cette concession ne nous semblait pas surhumaine malgré le passif très lourd de nombre de ces nouveaux samaritains qui promis juré, n’agissaient que contraints par leur haute conscience de l’intérêt national. Soit. Mais eu égard à l’attitude molle pour ne pas dire la larbinerie des opposants d’hier, la junte reprit du poil de la bête et commença les basses manœuvres pour continuer de contrôler le processus de façon à éviter « toute dérive », c’est-à-dire la stricte application des principes de morale et de justice. Ainsi furent évitées toutes les questions de fond au cours d’une mascarade de concertation qui fut une caisse d’enregistrement des quatre volontés de la soldatesque pseudo rebelle et qui reporta aux calendes grecques des solutions évidentes à des problèmes somme toute réglables en un coup de cuillère comme le retour des déportés ou l’audit des comptes de la nation sans parler de la mise en place d’une structure permanente de concertation qui superviserait les grandes étapes de la transition. Cette situation de quasi-monopole du CMJD pourtant mis en selle par les efforts au niveau international des ex-opposants a conduit au cirque des indépendants et à des pratiques et mensonges dignes d’une cour de récréation de maternelle. La manipulation a donc été une composante essentielle de toutes les étapes de ce processus y compris lors des inscriptions sur les listes électorales, en particulier pour les populations de la vallée auxquelles une administration encore engoncée dans pratiques de zélateurs.

Le seul point positif, loin d’être négligeable, a été la transparence de l’opération technique du vote. Nous voici parvenu à un temps critique de l’histoire, celui du courage de la décision et de la responsabilité avec pour seule alternative la lâcheté dans la démission. Le choix va au-delà d’un simple vote pour Ahmed ou pour Sidi, il est systémique. Avec la question sous-jacente, quelle Mauritanie sortira de cette véritable transition qui commence avec les cinq premières années de la première magistrature démocratique ?

Sidi est en général présenté comme un homme de qualité, loué pour son humanisme, la sympathie dont il jouit dans toutes les communautés nationales. C’est important mais pas décisif pour les besoins actuels du pays. Parce qu’il est aussi perçu par un certain nombre comme un opportuniste qui a été ministre sous différents gouvernements et qui était bien planqué quand ses compatriotes souffraient le martyr. Même si peu de gens l’évoquent dans cette période pourtant propice aux dénonciations vraies ou fausses une affaire de corruption entache sa carrière politique. Il traîne également une image d’indécis, de personnalité faible, sous influence et manipulable, il est vrai bien véhiculé par ses adversaires, surtout depuis qu’il bénéficie du soutien notoire des ténors du CMJD.

A l’inverse, Ahmed jouit sans conteste d’une aura d’opposant courageux et irréductible au système déchu, et n’en déplaise à certains de ses adversaires pas toujours de bonne foi, cela reste que retiennent bon nombre de nos compatriotes, en particulier parmi les plus modestes qui lui sont reconnaissants d’avoir partagé leur misère lui qui a goûté aux geôles de Taya – et Ely. C’est important mais pas décisif pour les besoins actuels du pays. Parce qu’il est également souvent présenté comme le représentant exclusif d’une région, pétri de féodalisme à la limite psychorigide. Son image est également brouillée par les relations difficiles qu’il entretient avec ses alliés qui lui reprochent une certaine hégémonie.

Mais nous le répétons, au-delà des hommes ce sont les systèmes de gouvernement sur lesquels ils s’appuient qui seront décisifs. Sans passion mais ne craignant pas le parti pris, on peut en faire une petite analyse.

Système contre système, Sidi se présente devant les électeurs avec un handicap certain. Convenons tous que ce postulant à la magistrature suprême a bénéficié de l’opération « indépendants dépendants » du CMJD (acceptons qu’ici la partie se confond avec le tout, si tant est que ce qui se dit soit vrai, c’est dire que si certains membres du CMJD n’étaient pas d’accord avec cette approche, ils n’ont rien fait pour s’y opposer). Les faits sont têtus comme dirait l’autre. Examinons-en quelques-uns :

1. des députés et sénateurs ont été mis en selle à travers cette initiative et ont apporté leur soutien EN BLOC à Sidi, rejoints en cela par le PRDR, l’UDP et le RDU, soit très exactement la majorité présidentielle de Taya ; s’entendre dire que Sidi ne leur a rien promis et que cela ne présage en rien les orientations de son éventuel gouvernement relève d’une mauvaise foi ou au mieux d’une inculture politique criante. Il a en face de lui, organisés en système et animés de l’énergie du désespoir, des femmes et des hommes qui ont prouvé qu’ils sont prêts à sacrifier les intérêts du pays si jamais ils entraient en contradiction avec les leurs propres, ce qui malheureusement en terme de gestion des fonds publics est pratiquement toujours le cas. Il n’y a aucune chance dans la configuration qui se dessine qu’il puisse les contenir. Ce qui s’est passé lors de la formation de l’ersatz du PRDS, entendez le PRDR, est à ce titre éloquent. Un groupe de jeunes, pas « casseroliers », compétents, animés d’une réelle conscience nationale, avaient alors décidé, au nom de la realpolitik de constituer un bloc pour nettoyer le parti de ses vieux dinosaures malpropres tout en évitant « d’inutiles règlements de comptes ». Ils ont réussi à en virer les plus représentatifs des instances dirigeantes lors d’élection internes démocratiques avec la bénédiction du CMJD auquel il a cependant été demandé un non objection pour la désignation du SG. A la première vraie escarmouche, la désignation des candidats aux élections municipales et législatives, toute illusion d’émancipation fut vite reléguée aux oubliettes, ceux qui n’avaient pas déserté suite à l’appel du pied de « l’indépendance dépendante » sot restés en service commandé pour éviter que quelques fougueux rêveurs ne songent à boycotter. Le même procédé a été reproduit pour la désignation du candidat à la présidentielle, tout le monde a suivi, qui volontairement, qui à marche forcée et à reculons, la consigne du soutien à Sidi. Cette ligne pragmatique, soi-disant pour la sauvegarde du pays au bord de la guerre civile, s’explique plus par la sauvegarde de la quiétude d’une racaille mafieuse qui a méthodiquement détruit ce pays en gestation. Peut-on dès lors raisonnablement penser que cette brigade du pire puisse s’amender alors qu’elle se retrouverait en position de force en cas de victoire de Sidi, avec le contrôle intégral du parlement et du sénat ? Il est permis d’en douter.
2. la réprobation de Sidi des pratiques du régime déchu, y compris aux pires moments quand des innocents ont été sommairement exécutés ou que des prisonniers d’opinion, toutes tendances et ethnies confondues, ont été torturés, cette réprobation, si elle a existé (allahou yaalem) n’a jamais été traduite en opposition, c’est-à-dire, n’a jamais été à aucun moment et où que ce soit manifestée même de la plus timide des manières ; c’est d’autant plus étrange si son arrestation précédente est à placer dans le même cadre, on aurait pu attendre une empathie solidaire, rien, rien de rien alors qu’à ce moment il ne devait rien à ce régime et pouvait parfaitement sans passer. Il est permis de douter que le même homme puisse résister contre le système qui l’aura porté au pouvoir et surtout sans lequel il ne peut l’exercer.
3. le droit à l’inventaire, nécessaire à tout nouveau départ sur de nouvelles bases, est passé à la trappe (approche il est vrai, grandement partagée avec son adversaire), sous prétexte de préserver une unité nationale dont on ne se met à parler réellement qu’entre les deux tours, forcés par les évènements et le bon score du candidat négro-africain qui n’avait que ce seul thème à son programme. Et cela sans esquisser le moindre contour de la méthodologie, c’est-à-dire en faisant l’impasse sur les voies et moyens d’y parvenir. Faites-moi confiance, je suis sage, honnête et j’ai les connexions suffisantes pour résoudre cette question. Pour quelque qui s’est acoquiné sans réserve avec une bande de malfrats, c’est demander le bon dieu sans confession.

Ahmed Ould Daddah a, dans sa vie politique, deux constantes qui en troublent la lisibilité. Opposant irréductible, il a pourtant réussi le tour de force à faire place nette autour de lui, faisant fuir tout ceux qui ont fait de lui un leader incontestable. Force est de reconnaître qu’il ne reste guère d’anciens combattants à ses côtés et les griefs qui lui sont faits sont suffisamment graves pour mettre en doute son choix contre un système vil reconstitué. Que lui reproche-t-on au juste ?

1. incontestablement, il traîne un défaut rédhibitoire pour qui veut diriger les destinées d’un pays, il est massivement rejeté par des régions entières du pays (score faible dans la vallée et dans les deux hodhs, très moyen dans le nord à quelques exceptions près) considéré à tort ou à raison comme représentant exclusif du Trarza – étendu à Nouakchott qui n’en est pas si loin ; il devra surmonter cette tare s’il veut rassurer. En effet, force est de constater que pour un pays comme le nôtre, encore à l’âge de pierre politique, dans lequel prédomine le vote ethnicisé, tribaliste, régionaliste, pour être entendu dans son combat pour l’unité nationale, le président doit rassembler au-delà de son propre groupe, qu’il sera toujours soupçonné de vouloir favoriser. Ahmed ne semble définitivement pas être celui-ci : majoritairement entouré de natifs du Trarza, il traîne en plus une réputation de raciste (injuste pour qui connaît l’homme mais dans ces cas l’impression vaut souvent plus que la réalité) qui lui vaut ses petits scores dans la vallée, trop petits pour espérer gagner s’il ne redresse pas la barre ;
2. le manque de souplesse manifeste chez cet homme volontaire pour ne pas dire autoritaire excède souvent ses alliés qui finissent par le fuir (les salons politiques ironisent sur le « syndrome d’Ahmed »), ce qui est très inquiétant dans cette période obligatoirement consensuelle. Sans tomber dans la soupe indigeste d’une union nationale fourre-tout, il est en effet évident qu’une large coalition sera nécessaire pour gouverner ce pays avec deux candidats ayant obtenu moins de 25 et 21% des électeurs au premier tour et un morcellement qui ne respecte pas les lignes de fracture politique habituelles. Si le schéma qui se dessine d’une alliance entre quatre recalés totalisant 37% au premier tour se confirme, la capacité de synthèse des politiques du RFD rompus à ce genre d’exercice sera un atout en face de ceux des partisans de Sidi dont le plus capé politiquement est le PRDS plus habitué à l’hégémonie qu’à la négociation. Par contre le fait de se retrouver face à d’ex-alliés qui n’ont pas jugé utile d’honorer le pacte du CFCD n’est pas forcément rassurant pour Ahmed (encore le fameux syndrome) : cela veut dire qu’il faudra concrètement qu’il fasse beaucoup plus de concession, notamment par une prise en compte des facteurs nouveaux Sarr et Zein.

En conclusion, sûrement provisoire, on peut dire que :

* la bataille système contre système est favorable à Ahmed beaucoup mieux perçu par les pauvres, c’est-à-dire l’écrasante majorité des électeurs mauritaniens, l’aura de l’opposant irréductible n’est pas à négliger et n’est que peu écorné par le ralliement d’individus peu recommandables qui est surtout retenu par les plus instruits ; s’il arrive à convaincre ce nouveau bloc, si tant est qu’il existe vraiment, son régionalisme en sera considérablement atténué.
* la bataille du rassemblement de la nation est favorable à Sidi, eu égard à son implantation nationale, qui ici veut dire son implantation dans plus de tribus, régions, ethnies, la majorité de l’électorat là aussi ; s’il arrive à convaincre le bloc des quatre, les tares de son entourage de brigands en seront considérablement atténuées.

En toute rigueur, on ne peut qu’espérer passer le plus vite possible ce stade juvénile où les politiques, même les plus progressistes, n’ont pas eu honte d’exhiber les ralliements tribaux et claniques au nom du pragmatisme. L’histoire enseigne pourtant que le courage politique, à terme n’est jamais suicidaire et que les grands hommes ont tous à des moments historiques critiques navigué à contre-courant avant de rallier les masses. De toute évidence, aujourd’hui, est-ce illusoire pour nous d’espérer cet homme ou cette femme visionnaire. L’essentiel dans le temps national qui n’est pas le temps humain, la génération en est l’unité et non l’année, est de préparer l’avenir et pour cela on fera avec ce qu’on a. Sidi ou Ahmed, au fond, ce qui compte c’est de s’assurer que la graine est plantée et de l’arroser consciencieusement.

Je vais être honnête, pour moi c’est « virer la racaille » et malgré ma proximité avec Sidi, je voterai pour l’alternance, donc pour Ahmed.

Cependant il lui revient d'accepter une plateforme commune des forces du changement, et notamment Messaoud, Maouloud, Sarr, avec notamment un partage du pouvoir, un gouvernement d'unité nationale, des reformes rapides, précises et fortes, etc. » (Zayd ente vem).

Voter Ahmed Daddah par défaut dit le FOU

Maatala