vendredi 26 janvier 2007

« Dites-moi qui êtes vous et je vous dirais pour qui vous votez. »


Aujourd’hui la plupart de nos discussions, de nos interrogations, de nos préoccupations ont trait à l’élection présidentielle et à la bipolarisation annoncée entre ceux qu’on appellera par commodité « conservateurs » et les autres, l’ex-opposition (« progressiste » ?). Nous faisons donc l’hypothèse qu’il ne tient qu’à la classe politique, à l’ « élite », de se mettre au travail pour résoudre nos problèmes, ceux d’un Etat constitué et d’une Nation pérenne. Mais nous oublions, inconsciemment ou non, que le problème fondamental vient du fait qu’il n’existe pas de sentiment fort et général d’appartenance à une Nation mauritanienne. La quasi-totalité des mauritaniens s’identifie à une ethnie, une tribu, une région, et bien après, à la communauté nationale. C’est le cas aussi de la classe dite « instruite », et parfois c’est dans cette classe qu’on trouve les manifestations les plus pernicieuses du tribalisme et du communautarisme.

L’intérêt particulier a toujours été plus important que l’intérêt du pays, et les pouvoirs successifs ont utilisé et amplifié ces clivages traditionnels pour s’imposer. Taya en a fait un moyen privilégié de pouvoir, comme l’ont fait tous ses prédécesseurs. Ces régimes ont très vite compris qu’une organisation tribale, ethnique était pour eux une façon particulièrement commode de renforcer leur emprise sur le peuple mauritanien, et qu’il fallait non pas la combattre mais l’encourager, la développer. Lorsqu’ils cherchaient à contrôler une communauté ils savaient qu’il fallait, d’une façon ou d’une autre, contrôler sa « chefferie » et les autres suivront, par réflexe grégaire.

Les dernières élections législatives l’ont montré d’une façon particulièrement inquiétante, dans la mesure où le vote était marqué du sceau du tribalisme et du régionalisme. Dites-moi qui êtes vous et je vous dirais pour qui vous avez voté, pour qui vous votez et pour qui vous voterez. Tous les partis, même celui de O. Maouloud, pourtant réputé « progressiste », a usé des mêmes méthodes. On ne se demande pas pour qui untel vote mais pour qui la communauté d’untel vote. Le choix individuel et libre n’a pas sa place dans une société où les valeurs sont avant tout dictées par une appartenance ethnique et tribale. Cette appartenance transcende tous les clivages politiques, et c’est la seule durable. On se rappellera les alliances, à première vue contre-nature, passées entres certains symboles du régime de Taya et leurs ennemis d’hier, devenus, par le truchement des proximités tribales et régionales, leurs amis d’aujourd’hui (ont-il jamais cessé de l’être ?).

Au-delà des enjeux électoraux immédiats, nous sommes aujourd’hui devant un choix crucial qui déterminera notre avenir : ou nous choisissons de créer un sentiment national fort, reléguant les réflexes tribaux et ethniques au rang de curiosités historiques, ou nous choisissons de continuer à penser et à vivre comme les générations passées. Dans le premier cas nous pouvons espérer créer une véritable Nation mauritanienne forte, unie et sans crainte pour son avenir. Dans le second cas nous disparaîtrons dans le fracas des conflits communautaires.



Abou Zayd